Pourquoi l'agroalimentaire est en première ligne
Le Règlement européen sur la déforestation (EUDR — EU Deforestation Regulation, n°2023/1115) est souvent présenté comme une réglementation générale. En réalité, l'agroalimentaire est le secteur le plus directement et massivement impacté : cinq des sept matières premières visées par l'EUDR sont des denrées agricoles directement consommées ou transformées.
L'enjeu est simple : l'Europe importe chaque année des millions de tonnes de cacao, café, soja et huile de palme en provenance de zones à haut risque de déforestation (Amazonie, Afrique de l'Ouest, Asie du Sud-Est). À partir de 2027, chaque importateur et transformateur devra prouver que ces matières ne contribuent pas à la déforestation.
Les 7 matières premières EUDR et leurs produits dérivés
L'EUDR liste 7 matières premières dont la production ne doit pas contribuer à la déforestation ou à la dégradation des forêts après le 31 décembre 2020. En agroalimentaire, six d'entre elles sont directement présentes dans les chaînes de valeur alimentaires :
Cacao
Première matière première EUDR par volume importé en Europe. Le cacao provient à 70 % de Côte d'Ivoire et du Ghana — deux pays classés à risque élevé par la Commission européenne.
Café
Le café est la deuxième denrée la plus touchée. Brésil, Vietnam, Colombie, Éthiopie : les origines sont multiples et les niveaux de risque variables.
Soja
Utilisé comme ingrédient direct (tofu, lait de soja, edamame) mais aussi indirectement via l'alimentation animale : tout produit d'élevage nourri au soja est potentiellement concerné.
Huile de palme
Présente dans une majorité de produits transformés : biscuits, margarines, pâtes à tartiner, snacks. Souvent listée sous des noms dérivés (acide palmitique, palmitate, stéarine).
Bétail (bovins)
Le bétail bovin et ses produits dérivés sont couverts. Principal vecteur de déforestation en Amazonie brésilienne. Concernés : viande bovine, cuir alimentaire, gélatine bovine.
Obligations concrètes pour importateurs et transformateurs
L'EUDR distingue deux catégories d'acteurs avec des obligations différentes, mais complémentaires : les opérateurs (qui mettent les produits sur le marché UE pour la première fois) et les commerçants (qui distribuent des produits déjà mis sur le marché).
Opérateurs : la charge la plus lourde
Les importateurs et transformateurs qui mettent des produits EUDR sur le marché européen sont des opérateurs. Ils ont trois obligations cumulatives :
| Obligation | Ce que cela implique concrètement | Pour une PME importatrice de cacao |
|---|---|---|
| Collecte d'informations | Pays d'origine, coordonnées GPS des parcelles, date de récolte, volume, fournisseur | Obtenir les coordonnées GPS de chaque plantation d'origine pour chaque lot importé |
| Évaluation des risques | Croiser les données avec les cartes de déforestation satellite + évaluer le risque résiduel | Vérifier que les parcelles GPS ne se trouvent pas en zone déboisée après le 31/12/2020 |
| Déclaration de diligence raisonnée | Soumettre une déclaration dans le registre EU avant chaque mise sur le marché | Déposer une déclaration pour chaque lot de cacao mis en vente en Europe |
Commerçants : obligations allégées mais réelles
Les distributeurs et revendeurs qui n'importent pas directement sont des commerçants. Ils doivent conserver la traçabilité amont et fournir les informations à leurs acheteurs. Les PME commerçantes sont exemptées de l'évaluation complète des risques — mais elles doivent vérifier que leur fournisseur a bien rempli ses obligations.
Géolocalisation : l'exigence technique centrale
La géolocalisation est la nouveauté la plus contraignante de l'EUDR. Pour chaque lot de matière première, il faut disposer des coordonnées GPS (latitude/longitude) ou du polygone de la parcelle (si elle dépasse 4 hectares) de chaque exploitation agricole d'origine.
En pratique, pour un importateur de café :
- Café d'origine Éthiopie → coordonnées de chaque ferme caféière dans les lots achetés
- Si achat via un négociant : le négociant doit vous transmettre ces données
- Sans ces données : vous ne pouvez pas déposer de déclaration → interdiction de vente
Calendrier et échéances à ne pas manquer
L'EUDR s'applique progressivement selon la taille de l'entreprise. Après deux reports successifs, les échéances actuelles sont les suivantes :
| Type d'entreprise | Date d'entrée en vigueur | Temps restant (avril 2026) |
|---|---|---|
| Grandes entreprises (+250 salariés ou +50M€ CA) |
30 juin 2027 | 14 mois |
| PME / microentreprises (-250 salariés et -50M€ CA) |
30 décembre 2027 | 20 mois |
| Pays à risque négligeable (classification UE à venir) |
Procédure simplifiée | À confirmer par décret |
Risques concrets : amendes et interdictions de marché
L'EUDR n'est pas une réglementation à "faire semblant". Les sanctions prévues par le règlement sont parmi les plus sévères du droit commercial européen :
- Amendes — jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires annuel réalisé dans l'UE (non-plafonné en valeur absolue)
- Confiscation des produits non conformes et des revenus tirés de leur vente
- Interdiction temporaire de mise sur le marché et d'exportation depuis l'UE
- Exclusion des marchés publics pendant une période déterminée
Risque commercial : la pression des donneurs d'ordre
Au-delà des sanctions réglementaires, le vrai risque à court terme est commercial. Les grands acteurs de l'agroalimentaire européen ont déjà intégré l'EUDR dans leurs cahiers des charges fournisseurs :
- Nestlé — Traçabilité GPS de 100 % de son cacao d'ici 2025, exige les données de ses fournisseurs en rang 1 et 2
- Mondelēz (Milka, Oreo) — Programme Cocoa Life : géolocalisation de toutes les fermes partenaires
- Danone — Objectif "zéro déforestation" sur soja et huile de palme, due diligence EUDR requise de tous ses fournisseurs
- Carrefour, Leclerc, Auchan — Pré-audits EUDR en cours pour tous les fournisseurs de MDD (marques distributeurs) contenant cacao, café, soja
- Lidl, Aldi — Politique "sourcing responsable" avec clause EUDR dans les contrats fournisseurs dès 2026
Comment SupplyReady vous prépare en 4 étapes
La conformité EUDR pour l'agroalimentaire est complexe — mais structurable. Voici la démarche que SupplyReady accompagne :
Êtes-vous prêt pour l'EUDR
agroalimentaire ?
Importateur, transformateur ou distributeur — répondez à 8 questions et obtenez votre score de conformité EUDR avec les actions prioritaires pour votre secteur.
Évaluez votre conformité en 5 min →Gratuit · Aucune carte bancaire · Résultats immédiats